Une visite du web

12/11/2020

Le domaine public est vaste ; il a même un calendrier de l’avent.

Dirk Koy étudie des formes animées. Raphaël Bastide propose des formes empathiques et la biennale de design d’Istanbul essaie de revisiter l’empathie : Designs for more than one pendant qu’en Nouvelle-Zélande, Anne Galloway se pose la question d’un design non humano-centré.

CSS est bizarre (et c’est important). Les couleurs ont des noms. Nicolas Nova examine nos usages des smartphones et explore le futur à travers le design.

On peut se perde dans les archives musicales du sombre et de l’expérimental. Outre son travail de microenquêtes sur l’écriture dans l’espace public au sein de Scriptopolis et le sublime livre qui en est tiré, Jérôme Denis met des cassettes dans sa boombox, des pièces dans le jukebox et chaque vendredi, propose un disque pour la nuit.

Entre la Loi de programmation de la recherche, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale et la proposition de loi « Sécurité globale » examinée bientôt, la dérive autoritaire du gouvernement augure de sombres jours. Oups… ai-je le droit d’écrire ça ici ?

« Les seins condensent cette injonction enracinée de la disponibilité corporelle. Ils doivent être suffisamment visibles pour remplir leur rôle d’appât sexuel mais pas trop, pour demeurer les objets privés de ceux à qui ils sont destinés. » nous dit Camille Froidevaux-Metterie.

Il faut sans doute que je lise Ruined By Design un livre de Mike Monteiro sous-titré « How Designers Destroyed the World and What We Can Do to Fix It ».

Naître queux, mordre les poussières ou partir en courants avec les ironèmes de Lady Dada aka Étienne Candel. Il faut faire feu de toute loi. Quand on veut que tout change, on appelle le feu.

Les 103 numéros d’OASE (Journal for architecture) sont disponibles en pdf et Karel Martens a un site web. Remarque, Bonnefrite et Vincent Perrottet aussi.

12/10/2020

Le Cyberespace est indépendant. Presque.

Philippe de Jonckheere est le responsable du désordre mais aussi l’auteur de son plan. Le cyberespace est une ZAD.

Dans un monde de texte, on peut se perdre tout autant qu’avec une carte de Jodi.

Le web est d’une beauté stupéfiante et garde la trace de l’avant-garde, mais flotte-t-il ?. L’art y a trouvé un nouvel espace et Raphaël Bastide fait des trucs pendant la quarantaine. Aussi, on peut imprimer le web avant qu’il ne s’arrête.

Il s’y écrit en permanence le plus grand projet de partage de la connaissance jamais produit par l’humanité. La Bibliothèque de Babel existe – elle possède des archivistes capables de remonter le temps, usant de manicules, qui pointent du doigt. On peut dessiner ensemble ou se balader en forêt.

En cherchant la quadrature du cercle on peut trouver celle du net.

Lire chaque jour Éric Chevillard. Écouter François Bon. Ironèmisez. Tous les lundis, lundi matin, le mardi, Mediapart, le mercredi AOC, tous les jours, Les jours et le vendredi, c'est le Bordel.

On y trouve quantité de listes, de caractères, de fontes ou –last but not list– de graphistes, designers ou architectes.

Avec Rafaël Rozendaal, parfois rien ne se passe, parfois, c’est beaucoup mieux que ça et si on le touche, il n’arrête pas d’essayer de tomber.

On y trouve des fondus de fontes, qui dissertent avec érudition et passion de la création de caractères et de leurs usages. N. B. : le twitter typographique est redoutablement actif.

On peut y lire des livres entiers et des antilivres, parfois photocopiés parfois consacrés au design, d’autres fois aux sorcières. À ce propos, il s’y écrit la documentation d’un design féministe qui dessine des caractères ou a façonné l’histoire de notre discipline ou ont façonné l’histoire tout court. Comme dans beaucoup d’endroits du web, dans quelques écoles d’art, des voix se lèvent aussi pour dénoncer violences et discriminations.

On peut y binger autre chose que des séries netflix, kiffer sa race comprendre comment le code a changé ou mettre les couilles sur la table. Prenez du LSD et, par les temps qui courent, mangez de la méthode scientifique. Allumez la radio et ne dessinez pas de pénis.

Le Code y fait la loi mais aussi de la musique et du rythme. On peut y écouter plus de 17.400 enregistrements d’Alan Lomax, au moins 200.000 78 tours, la playlist magique d’ambiance jeune sans compter les six heures pour aller Everywhere At The End Of Time.

Nous sommes des humains du capitalisme tardif qui espérons qu’il est encore temps.