Une élaboration commune

Doucement, « mon » appartement semblait devenir un lieu de prolifération de « Moisissure » sans doute en raison de la température et de l’humidité qu’il offrait. Je commençais à connaître les endroits où elle apparaissait.

La nourriture abandonnée dans « mon » frigo, n'était pas encore assez datée pour être jetée, mais suffisamment pour me dégoûter ; je me sentais pris·e au piège de mon indécision.

Posée sur la gazinière depuis quelques jours, la casserole de riz cuit se recouvrait de filaments cendrés en chaîne avec des sortes de billes noires à leur extrémité pointant vers le haut.

Ma propre présence paraissait ensemencer les éclosions de « Moisissure » dans l'appartement. Cela faisait écho aux mots d'Anna Tsing : « Les champignons, en particulier, sont toujours là, et sur les marges indociles de l'empire humain, ils permettent encore à celles et ceux qui savent déambuler de faire l'expérience d'un plaisir non domestiqué ». «Moisissure» régnait dans les placards, dans le frigo, au plafond au-dessus de la douche, comme si elle attendait mon inadvertance pour se présenter à moi et provoquer une rencontre.

2025 représente pour moi un moment charnière où les connaissances, les lectures que j’avais accumulées résonnèrent avec mes modestes observations de « Moisissure ». Il ne s'agissait plus seulement de la trouver jolie, mais de considérer les autres aspects relatifs à son essence.

J'ouvris une brèche en ne désignant plus « Moisissure » de simple accident. Je la considérais maintenant comme une relation sympathique, une compagne de l'humain·e, qui a toujours été là à notre insu.