Art, Internet, espace public
Aram Bartholl est un artiste contemporain allemand né en 1972. Il est reconnu pour ses œuvres qui interrogent les liens entre Internet, technologies numériques et espace public.
Son travail consiste à rendre visibles des éléments normalement invisibles du numérique, en les transposant physiquement dans le monde réel. Il brouille volontairement la frontière entre virtuel et réalité.
Dans Dead Drops, Aram Bartholl installe des clés USB directement scellées dans les murs de l’espace public. Chacun peut s’y connecter et déposer ou consulter des fichiers, sans inscription, sans contrôle et sans surveillance. Les contenus échangés sont extrêmement variés : photos personnelles, musiques, vidéos, textes intimes, œuvres numériques ou simples messages anonymes. Certaines clés contenaient même des virus, un risque assumé par l’artiste. Cette dimension rappelle les débuts d’Internet, où le partage impliquait une forme de confiance fragile et une exposition réelle. Dead Drops fonctionne ainsi comme un Internet physique et décentralisé, révélant la nature brute, libre mais parfois dangereuse des échanges numériques.
Avec le projet Map, Bartholl transpose des éléments de Google Maps directement dans la ville. Il installe dans l’espace urbain des repères, des icônes ou des fragments de cartes numériques, souvent à l’endroit précis qu’ils représentent. En matérialisant ces outils de navigation, il met en évidence notre dépendance aux applications de cartographie. Le projet peut être lu comme une forme de caricature de notre rapport à l’espace : aujourd’hui, il devient difficile de se déplacer sans GPS, tant notre perception du réel est filtrée par des interfaces numériques.
The Perfect Beach (2018), réalisé sur la plage de Phra Nang en Thaïlande, Aram Bartholl propose une critique directe de la culture des réseaux sociaux et de l’image. Sur l’une des plages les plus paradisiaques du monde, des performeurs portent de grandes images imprimées représentant… d’autres plages parfaites. Ce geste absurde et ironique fait référence aux pratiques des influenceurs, pour qui le lieu réel importe moins que sa mise en scène. Même face à un paysage exceptionnel, il devient nécessaire d’ajouter un décor artificiel pour produire une image idéale. Bartholl met ainsi en lumière notre difficulté croissante à regarder et vivre le réel sans passer par sa représentation.
15 Seconds of Fame est une œuvre/performance d’Aram Bartholl réalisée en 2009‑2010, inspirée par une rencontre fortuite avec une voiture de Google Street View à Berlin. En voyant le véhicule passer alors qu’il prenait son café, Bartholl se lève, court après et se fait filmer pendant environ quinze secondes. Plus d’un an plus tard, ces images sont apparues sur Google Street View, immortalisant sa performance dans le paysage numérique. Par ce geste spontané, Bartholl fait référence à l’expression d’Andy Warhol sur la brièveté de la célébrité
À travers ses projets, Aram Bartholl propose une critique simple mais percutante de notre rapport au numérique. J’apprécie particulièrement sa manière de faire sortir Internet de l’écran pour le confronter au monde réel. Ses œuvres, souvent ironiques, mettent en lumière notre dépendance aux technologies sans être moralisatrices. Son travail nous pousse à prendre conscience de nos usages quotidiens, parfois absurdes, tout en laissant une grande place à l’interprétation du spectateur.
Culture hacker, Net Art, open-source, pratiques DIY et critique des réseaux numériques.